![]() |
![]() |
||||||||
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
||||||
| Discours |
|
2004 David Malouf |
|
2003 Beverley McLachlin |
|
2002 Georges Erasmus |
|
2001 Alain Dubuc |
|
2000 John Ralston Saul |
|
|
![]() |
|
|
Page 2 of 3
L'année précédente, en 1848, il y eut une douzaine d'exemples à travers l'Europe de la façon dont ce genre de violence aurait pu être traitée. Vos dirigeants décidèrent plutôt de refuser la pratique conventionnelle et d'établir une nouvelle loi: ici, on ne répondra pas à la violence par la violence, car ici l'autorité s'appuiera sur quelque chose d'autre que la force. Ce qu'on était en train d'établir, c'était le tempérament d'un nouveau monde, non seulement différent de l'Europe mais aussi, comme on allait le découvrir bientôt, des États-Unis.
En tant que fils de l'Empire, ma vision du Canada - "Notre-Dame-des-Neiges" comme l'appelait Kipling dans l'une des ses odes impériales - provenait d'histoires de la vie dans la nature sauvage que je lisais dans Boys Own Annuals et d'une publicité que j'avais entendue à la radio australienne. Du milieu d'un blizzard tonitruant surgissait une voix qui lançait: "contre la toux et le rhume, faites comme les Mounties dans les étendues glacées du nord canadien. Prenez la mixture Canadiol de Buckley".
Mais mis à part les mythes et les stéréotypes, notre expérience de l'espace a profondément affecté, et de manières qui sont essentiellement non-européennes, notre vision de la nature en tant que lieu qui finalement n'a pas besoin de nous et sur lequel nous n'exerçons qu'un contrôle limité. En Australie, tout comme ici, la nature n'offre pas de tranquille assurance que l'humain joue un rôle et détient un pouvoir prépondérants, ce qui en Europe fait partie inhérente du soi.
Notre expérience de l'espace nous a formés d'une autre façon. Dans l'esprit des citadins, même ceux dont l'habitation était très restreinte, l'espace était toujours perçu comme l'élément dont l'abondance était infinie, même dans un pays pauvre. L'espace en tant qu'aire - aire de respiration, aire de mouvement, et comme sentiment que nous pouvions être généreux en laissant de la place aux autres.
Nous sommes maintenant des pays si riches qu'il nous faut faire un petit effort d'abstraction pour nous rappeler que, pendant la plus grande partie de notre histoire, ce furent les difficiles luttes et les déchirants efforts qui façonnèrent ce que nous appelons aujourd'hui notre caractère national, et définirent nos idées de ce que pourrait être une société bonne et juste. L'idée du battler - le battant acharné - a la vie dure en Australie. Chez nous, il n'y a pas de honte à avoir besoin d'un coup de main. Nous avons toujours cru que si nous voulions vivre décemment, c'était la tâche du gouvernement de corriger, autant que faire se peut, les inégalités découlant de la malchance, du manque de possibilités, ou des nombreuses autres circonstances qui peuvent frapper un homme. Nous versons de l'argent aux gouvernements pour que les pauvres, les malades, les vieillards, les handicapés, les chômeurs, puissent vivre d'une manière qui, en tant que voisins, ne nous fera pas ressentir de la honte.
Équité est le mot qui résume tout cela, un bon mot bien simple qui s'ancre dans les contingences de la vie quotidienne. Ce mot va aussi loin que la plupart des Australiens seraient prêts à aller pour énoncer un principe: nous n'avons pas d'équivalent de votre Charte des Droits et Libertés. Il y a une certaine effervescence touchant un projet de loi sur les Droits, visant en bonne partie à assurer des droits aux autochtones, mais il y a peu de signes que cela se fasse. Nous nous cramponnons fermement à l'expérience plutôt qu'aux codes écrits pour guider nos choix.
Les sociétés sont des entités improvisées, faites au jour le jour, et bien des gens mettent la main à la pâte. Leur nature même en fait des entités ouvertes et inachevées. On peut se poser la question à savoir si des nations peuvent être ouvertes de la même façon.
Il faut un tempérament particulier pour qu'un peuple crée une fédération réussie; il faut une volonté d'abandonner la centralisation du pouvoir en un seul lieu et reconnaître qu'il puisse y avoir, sans risque d'explosion de l'ensemble, de la place pour plusieurs centres qui dialoguent entre eux, mais qui argumentent également. Une fédération exige une certaine tournure d'esprit et, plus important encore, elle l'encourage. Nous découvrons les vertus de la diversité et nous la sollicitons, nous trouvons intéressante la différence, nous apprécions la curiosité qu'elle fait sourdre en nous, les surprises qu'elle nous donne, l'originalité dans laquelle elle nous pousse à nous engager.