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| Discours |
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2004 David Malouf |
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2003 Beverley McLachlin |
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2002 Georges Erasmus |
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2001 Alain Dubuc |
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2000 John Ralston Saul |
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David Malouf
La semaine dernière, l'éminent auteur australien David Malouf a prononcé la cinquième Conférence annuelle LaFontaine-Baldwin, un projet conjoint de S.E. John Ralston Saul et de l'Institut du Dominion. Cette conférence et le symposium qui l'accompagne, dont le nom commémore deux leaders antérieurs à la Confédération, ont pour but de promouvoir une meilleure compréhension des origines de la démocratie canadienne. En prévision de cette conférence, M. Malouf a préparé la version qui suit pour La Presse.
On se pose des questions fascinantes quand on compare nos deux nations. Comment sont-elles devenues ce qu'elles sont? Il est certain que la stabilité et la surabondance de possibilités qu'elles offrent dans un monde instable laissent supposer qu'une extraordinaire qualité d'imagination, une sorte d'esprit d'invention inspiré, ont fait d'elles ce qu'elles sont, .
Les conditions spécifiques d'où elles sont issues sont bien sûr très distinctes. Le Canada a commencé comme un éparpillement d'établissements isolés et de postes de traite qui sont devenus, avec le temps et par volonté commune, une nation tripartite, britannique, française et autochtone. L'Australie a commencé près de 300 ans plus tard, le résultat de l'Enlightenment, soit la philosophie anglaise et écossaise des Lumières. Malgré ces différences, nous sommes, à ce stade, remarquablement semblables.
Nos fédérations, qui se consacrent au bien public, représentent deux des plus anciens systèmes de gouvernement au monde et nos systèmes juridiques sont si rapprochés que les décisions de vos cours constituent souvent une source de jurisprudence chez nous. Nous avons aussi une perception similaire de notre place dans le monde, notamment de nos responsabilités de nations de taille moyenne, mais riches, envers celles qui, sur la planète, peuvent avoir besoin de notre aide et de notre protection. La plupart d'entre elles, en ce qui touche l'Australie, sont de proches voisins.
Alors quelle sorte de nation et de pays avons-nous - car nation et pays ne sont pas exactement la même chose - et comment se sont-ils formés?
D'abord, nous avons tous deux des lieux qui nous donnent du fil à retordre pour parvenir à les comprendre - c'est-à-dire à les imaginer comme territoires que nous occupons, puis à les intégrer dans notre imaginaire, premièrement en tant qu'étendues terrestres dont une grande partie - chez nous c'est le désert, chez vous c'est la glace - est presque complètement vide, quoique elle ne le soit pas dans l'esprit des autochtones; deuxièmement cet espace doit trouver sa place dans notre conscience collective comme endroit si pleinement occupé et habité que tous les événements et aléas qui composent l'expérience que nous y avons vécue, perdurent et forment un acquis qui s'est élaboré progressivement en strates et qui enrichit le présent. Voilà notre type d'histoire. Non pas une histoire de grands hommes et de héros, mais plutôt de travail accompli, de foyers et de villes construits, une accumulation de petites vies qui ont laissé leur propre petite marque. Un pays imaginé, mais aussi conservé dans la mémoire, auquel on a recours en l'amenant jusqu'à la réalité présente à laquelle on fait face et dont on tire des ressources. Les Australiens ont longtemps tardé à comprendre que c'était là la tâche principale de l'établissement. Jusqu'à ce que notre pays, en 1942, soit en danger imminent de nous être enlevé. Nous avons alors vu ce que pouvait être ce que nous avions pris en charge, et nous avons dû nous demander ce qui valait la peine d'être préservé de ce que nous en avions fait; et nous demander également si cela nous appartenait vraiment. C'est à ce moment-là que nous avons finalement commencé à comprendre de quelle façon les Autochtones possédaient ce territoire, et ce que nous pourrions apprendre de leur exemple: posséder le lieu à l'intérieur de nous-mêmes, d'une manière si intégrée à notre sang que même si le territoire nous était enlevé, nous ne pourrions pas en être dépossédés.
Nous savons quand l'Australie a commencé: le 26 janvier 1788, alors que des bagnards de la Première Flotte et leurs gardes débarquèrent dans la baie de Sydney. Dire précisément quand le Canada a commencé, ce serait comme de décider où la source de tous les petits affluents d'une rivière se rassemblent en un seul flot. L'un de ces moments, c'est celui où les deux hommes qui donnent leur nom à cette série de conférences, LaFontaine et Baldwin, amenant avec eux leur peuple, leur groupe linguistique et leur expérience réciproque, ont fait cause commune afin d'obtenir un gouvernement responsable. Un autre moment fut la réaction de leur administration quand le parlement fut incendié en 1849.