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| Articles - 2001 Le Canada piégé dans ses mythes fondateurs (Jocelyn Létourneau) L'Ouest moins sympathique à cause de la façon dont il se perçoit (John Richards) Le Canada atlantique est-il toujours figé dans une autre époque ? (Margaret Conrad) Un autre grand mythe : les autochtones sont tous pareils (Drew Hayden Taylor) La perspective du Nord sur le Canada (John Ralston Saul) Le Canada et ses mythes (Alain Dubuc) |
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L'Ouest moins sympathique à cause de la façon dont il se perçoitpar John Richards La politique est une entreprise humaine ardue par laquelle des citoyens prennent collectivement des décisions sur de nombreuses questions. Certaines sont banales : où construire des ponts et des routes. D'autres impliquent des dilemmes moraux et suscitent des controverses : combien généreux devraient être les programmes sociaux et qui devrait payer les impôts requis. Inévitablement, on enrobe tout cela de mythes. Un mythe, explique le Webster's Dictionary, est « un récit, transmis par la tradition, d'événements en apparence historiques par lequel un peuple expose une partie de sa conception du monde ». Les mythes peuvent être vrais ou faux, ou comme c'est souvent le cas, un peu des deux. Vrais ou faux, les mythes auxquels nous croyons révèlent qui nous sommes et qui nous voulons être. Lorsqu'il est question des Canadiens de l'Ouest, deux mythes s'imposent. Selon le premier mythe, nous incarnons les traditions des pionniers, des immigrants travailleurs venus de partout qui labourèrent la prairie et la transformèrent en un océan de blé s'étendant des rives de la Rivière Rouge à celles de la Rivière-de-la-Paix, qui bâtirent de solides communautés autosuffisantes. Implicite à ce mythe, la méfiance envers les institutions centrales du Canada - les banques et les compagnies de chemin de fer - qui s'enrichissaient sur le dos du fermier sans assumer aucun des risques que ce dernier encourait. Également implicite, la méfiance envers l'élite au pouvoir à Ottawa, dont le souci premier était le bien-être de la population à l'est des Grands Lacs. Ce premier mythe est-il fondé ? Manifestement, le mépris à l'égard des élites à haut-de-forme de l'Est était exagéré. Et les premiers pionniers furent loin d'intégrer tout le monde dans leurs communautés : ils se montrèrent largement indifférents au sort des aborigènes qu'ils déplaçaient. Mais ce mythe contient aussi une bonne part de vérité. L'Ouest fut la première région du Canada à instaurer une société multiculturelle raisonnablement harmonieuse où ni les Français ni les Britanniques ne formaient le groupe ethnique majoritaire. L'Ouest établit des précédents qui firent du Canada une destination préférée des immigrants durant tout le siècle. La législation manitobaine sur la langue de 1890 anéantit les espoirs des francophones que de nouvelles communautés parlant français puissent prospérer à l'Ouest. Avec ou sans cette législation, cependant, il était inévitable que l'assimilation multiculturelle entraînât, ici comme aux États-Unis, une assimilation intergénérationnelle à l'anglais. En raison notamment de notre mythe sur l'intégration multiculturelle, seuls de rares résidants de l'Ouest comprennent combien fondamental est pour les Québécois leur mythe voulant que la Confédération soit un moyen permettant à « leur » propre gouvernement de défendre et de promouvoir la langue et la culture françaises. Au cours de la dernière génération, les gens de l'Ouest sont demeurés des observateurs passifs de la confrontation destructrice entre les souverainistes québécois (qui insistent que la protection linguistique n'est réalisable que dans un Québec souverain) et les nationalistes canadiens au sein du Parti libéral fédéral (qui font croire que la promotion par Ottawa du bilinguisme individuel est un substitut viable aux lois québécoises sur la langue). Incapables de comprendre l'enjeu de cette lutte, nous habitants de l'Ouest n'avons que rarement essayé de proposer un compromis. Nous n'avons jamais dit: « la loi 101, c'est bien - et maintenant, parlons d'autres choses. » Selon le second mythe auquel nous croyons, nous sommes les héritiers des idéaux du « bon gouvernement » chers au Midwest, l'esprit d'entreprise du pionnier inspire nos politiques, nous éprouvons une répugnance instinctive envers le clientélisme qui, à Washington ou Ottawa, corrompt l'aptitude des communautés locales à se gouverner elles-mêmes. Voilà un mythe que le sceptique ridiculisera aisément. Durant des décennies, populistes issus des banlieues et des petites villes et militants syndicaux se sont affrontés au Parlement de Colombie-Britannique. Qui de Van der Zalm ou de Clark fut le premier ministre le moins compétent de la dernière génération ? Ni l'un ni l'autre, sans doute. Ce fut plutôt Grant Devine qui, après sa défaite de 1991, laissa la Saskatchewan la plus endettée des dix provinces du pays. Mais tout comme le premier, ce second mythe contient une importante vérité. Au cours du dernier siècle, la plupart des résidants de l'Ouest en reçurent « pour leur argent » de leurs gouvernements provinciaux. Plus, du suffrage féminin durant la Première Guerre mondiale au système de santé, les gouvernements de l'Ouest jouèrent un rôle de pionniers dans l'instauration des principales réformes qui ont fait du Canada « le meilleur pays au monde ». En raison de cette histoire, la plupart d'entre nous soutiennent instinctivement une forme de fédéralisme décentralisé. Alors que le séparatisme de l'Ouest n'a qu'une tradition marginale, il existe un large consensus parmi nous selon lequel Ottawa ne devrait s'occuper que des dossiers inclus dans ses champs de compétence, et ne pas brouiller les cartes en intervenant dans ceux de compétence provinciale. En particulier, Ottawa ne devrait pas miner un « bon gouvernement » au moyen de ce que Ralph Klein qualifie de «programmes de boutique» basés sur les derniers sondages des groupes témoins. Au cours de la dernière génération, l'élite d'Ottawa s'est avec constance montrée incapable de comprendre le mythe du « bon gouvernement ». D'inutiles tensions sur l'unité nationale en ont résulté. En voici quelques exemples. En 1984, les électeurs de l'Ouest votèrent pour les conservateurs de Brian Mulroney dans l'espoir que ces derniers mettraient fin au penchant des libéraux à acheter des appuis électoraux au moyen de dépenses discrétionnaires extravagantes, en ciblant principalement le Québec et les provinces atlantiques. Vu l'influence de l'aile gauche tory, Mulroney ne réduisit que lentement le déficit fédéral, et au désespoir de beaucoup de gens de l'Ouest, il poursuivit la tradition des dépenses ad hoc. Le foyer de la frustration de l'Ouest, et le catalyseur de la montée du Reform Party et de l'Alliance, fut l'attribution du contrat d'entretien des F-18 à la firme Bombardier, de Montréal, plutôt qu'à celle de Winnipeg qui avait la préférence du ministère de la Défense pour des raisons techniques et de coûts. Cette décision brisa l'alliance tory entre les nationalistes québécois modérés et les conservateurs des Prairies. En rompant cette alliance, les gens de l'Ouest montraient leur désir de « bon gouvernement ». Mais leur réponse fut simpliste. Les chefs du Reform présumèrent que les buts du Québec visaient essentiellement les subventions fédérales. En rejetant simultanément l'accord du lac Meech, le Reform ignora les préoccupations culturelles et linguistiques des Québécois. L'idéal du « bon gouvernement » a joué un rôle crucial non seulement sur un plan négatif en dressant l'Ouest contre les principaux partis nationaux, mais aussi sur un plan positif en montrant que des problèmes inextricables pouvaient être résolus au plan politique. Au début des années 90, les comptes fédéraux/provinciaux cumulés étaient dans le rouge depuis deux décennies ; et la solution de ce problème semblait impossible. La Saskatchewan et l'Alberta furent les premiers des onze gouvernements au pays à prôner sérieusement un redressement fiscal. Durant trois ans, toutes deux coupèrent dans leurs programmes de dépenses tout en augmentant simultanément leurs propres taxes provinciales. Alors même que Paul Martin les imitait dans son budget de 1995, elles engrangeaient toutes deux des surplus fiscaux. (...) En conclusion, l'Ouest n'a pas tort de célébrer ses mythes de l'intégration multiculturelle et du « bon gouvernement ». Là où ces derniers n'ont cependant guère rendu service au Canada, c'est en amenant les gens de l'Ouest à ignorer l'enjeu de l'affrontement intraitable opposant les souverainistes québécois aux nationalistes anglo-canadiens.
L'auteur est professeur à la Simon Fraser University, en Colombie-Britannique, et analyste à l'Institut C.D. Howe |